Au tout début du XXème siècle, la ligne de "tramway suburbain", longue de 16 km, démarrait à partir du terminus Bénauge du tramway bordelais au niveau de la barrière du passage à niveau pour rejoindre le village de Camarsac.

Les rails sur le Cours Gambetta

  Cliché au niveau du n° 97 Cours Gambetta, probablement pris à partir d'un "trawway" de la ligne F

 

Les discussions, études et propositions pour la mise en place de cette ligne durèrent vingt ans, de 1880 à 1900, les problèmes principaux qui expliquent cete longue gestation étaient :

  • la traversée de zones urbaines sur le trajet
  • le choix de l'écartement des rails
  • les faibles courbures et fortes déclivités
  • Les difficultés et oppositions (financières, administratives) pour raccorder la ligne au tramway bordelais de la Bénauge

Les travaux pour la "ligne F", dite "de Bordeaux à Camarsac" commencèrent finalement en juin 1897.  C'est la "Société Générale des Chemins de Fer Economiques" qui obtint la concession. La décision finale fut de ne pas raccorder cette ligne au terminus Benauge du tram bordelais, en raison des coûts, de l'encombrement du secteur avec les autres voies ferrées au niveau du passage à niveau de la Benauge.

 La ligne F commencerait donc une centaine de mètres plus loin, au début du Cours Gambetta à faible distance du terminus Benauge du tramway de Bordeaux (cette situation de non-raccordement au tram bordelais durera de 1900 jusqu'à la suppression de la ligne en 1949).

réseau tramway

 

La ligne suivait ensuite le trajet de l'ancienne "RN136" (actuelle D 936 ou route de Bergerac), montait la cote de Montrepos avec une très forte déclivité, passait Tresses-Mélac, les Bons-Enfants, la Planteyre, jusqu'au terminus de Camarsac.

 

plan ligne F Bordeaux-Camarsac

 

Les premiers "tramways" de la ligne F circulèrent en janvier 1900 dans l'enthousiasme général. Les wagons étaient peints en vert à filets jaune d'or. Le réseau n'était pas électrifié et les locomotives étaient à vapeur, avec une vitesse maximale de 20 km/h. Il fallait 1h04 pour parcourir les 16 km du trajet. Il n'y avait pas d'arrêt spécifique et les voyageurs devaient faire signe au mécanicien en levant les bras en l'air dès que le train était en vue, pour obtenir l'arrêt du train et pouvoir y monter.

En 1900, un "abri à voyageurs" provisoire fut loué au rez-de-chaussée d'un immeuble au n°1 du Cours Gambetta. Les voyageurs descendant du terminus Benauge du tramway de Bordeaux passaient à pied le passage à niveau pour rejoindre le départ de la ligne F.

Cours gambetta train camarsac

 Sur cette photo, les voyageurs de Camarsac arretés au terminus Gambetta traversent la barrière vers la Benauge

 

traversée de Monrepos

 Traversée du quartier de Monrepos

 

 

Une gare, dite "Gare de Monrepos", fut ensuite construite au milieu du Cours Gambetta, coté Floirac, sur une parcelle de terrain expropriée, le "lieu-dit Cardinal" (actuel square de Monrepos), appartenant à M. Balguerie, futur maire de Bordeaux. Cette gare permettait la montée des voyageurs et le stockage des marchandises :

 plan monrepos gare Monrepos 1900gare Monrepos 2011 On reconnait sur ces deux images, à plus d'un siècle d'intervalle, le logement patronal de l'usine Betts, et sur le cliché de 1900, les cheminées de l'usine.

 Monrepos la gare

Au début de l'exploitation en 1900, il y avait 5 trains de voyageurs par jour dans chaque sens, sans compter les trains de marchandises. Dans le sens Camarsac-Bordeaux, on transportait du vin, du lait, des pierres de carrière pour la construction. Dans l'autre sens circulaient les "bourriers", wagons découverts qui évacuaient les ordures de la ville de Bordeaux et qui furent l'objet de multiples plaintes et pétitions de la part des riverains de la ligne F.

La sécurité de ce mode de transport était toute relative. Un certain nombre d'incidents ou de déraillements sont signalés. En particulier en 1908, lorsqu'un train descendit en glissant tous freins bloqués la cote de Monrepos avant de s'immobiliser à la gare de marchandises de Monrepos sur le Cours Gambetta. 

 wagon ligne Flocomotive ligne F

Wagon et locomotive de la ligne F du Cours Gambetta en 1900

 

La ligne F resta toujours isolée du réseau bordelais :

Dès 1913, un raccordement fut construit, traversant les voies de train au passage à niveau de la Bénauge, mais les voyageurs ne l'empruntaient pas. Ce raccordement servant uniquement une fois par jour, à la traversée et au stockage des convois rejoignant le nouveau dépot de la Bénauge. L'électrification de la ligne F fut décidée à cette période, mais freinée administrativement et économiquement par l'entrée en guerre, elle ne fut effective qu'en 1923.

 A partir de 1923, la ligne F, bien qu'électrifiée et méritant pleinement dorénavant la dénomination de "tramway", n'en fut pas reliée pour autant au réseau de tram bordelais : La difficulté était le croisement des trains et des tramways au passage à niveau de la Bénauge, impossible à résoudre, compte tenu de la fréquence des convois dans chaque partie. La seule solution eut été la suppression du passage à niveau et la création d'un pont supérieur aux voies pour le passage du tramway. Un projet en ce sens, en 1924, ne vit jamais le jour.

horaire ligne F

Horaire de la ligne (avril 1927)

 

Après la seconde guerre mondiale, la ligne F, rebaptisée ligne n° 15, mais toujours coupée du réseau bordelais, continua à fonctionner jusqu'en juillet 1949, date à laquelle un réseau d'autobus fut définitivement mis en place.

terminus Bordeaux Bénauge années 40 aterminus Bordeaux Bénauge années 40 b

 le terminus de Bordeaux-benauge à la fin des années 1930

 

 

 dépot Monrepos 1949

Le dépot de tram de Monrepos peu après la fermeture de la ligne en 1949

Aujourd'hui, il est difficile de trouver la moindre trace. seules quelques traverses qui bordent l'actuel square de Monrepos semblent attester, qu'il a bien existé, dans un passé assez récent, une gare sur le Cours Gambetta.

Vestiges Monrepos  Vestiges Monrepos (1)  Vestiges Monrepos (2)  Vestiges Monrepos (3)

L'histoire de la défunte ligne F permet de redire (s'il en est besoin), à quel point les décisions administratives prises au XIXème siècle, en particulier le tracé des voies ferrées de Bordeaux à Paris, ont profondément marqué le passé, le présent, et l'avenir du quartier Gambetta et de tout le Bas-Cenon.

 

 

 

photos anciennes extraites de :
" Histoire des tramways à Bordeaux" (L'Host-Trecolle-Verger Editions du Cabri 2000)

histoire tramway